La déclaration de Joe Biden sur Israël et le nucléaire iranien est surprenante. Répondant dimanche soir à une interview sur ABC, le vice-président américain a déclaré que « Israël pouvait déterminer en tant que nation souveraine ce qui est dans ses intérêts [...]. Nous ne pouvons pas dicter à une autre nation souveraine ce qu'elle peut ou ne peut pas faire si elle considère que son existence est menacée ». En soutenant qu'Israël a un droit souverain de décider ce qui est de son intérêt ou non, Joe Biden semble donner un feu vert à une opération militaire contre les infrastructures nucléaires iraniennes. Mais le langage diplomatique a ses subtilités qu’il faut bien saisir. Si cette déclaration ne témoigne à mon avis d’aucune évolution de la position officielle américaine, elle montre en revanche que le ton de Washington pourrait changer dans le dossier du nucléaire iranien.1) Pour l’instant, la position officielle américaine ne devrait pas changer : une opération militaire israélienne contre les infrastructures nucléaires iraniennes aurait un impact catastrophique. C’est plus du côté de la personnalité et de la fonction de Joe Biden qu’il faut d’abord chercher une explication à cette étonnante déclaration. Le vice-président est en effet connu pour être un grand bavard, tenant parfois des propos embarrassants. Mais surtout, il semble remplir avec cette déclaration la fonction qui est la sienne de second du président, envoyant un avertissement à l’Iran dans un langage très diplomatique mais ferme, chise que ne peut pas (toujours) faire un président. Notons également que le président Obama était ce lundi en Russie, dont l’Iran est un allié. Or il est clair que toute solution acceptable pour la diplomatie russe sur la question du bouclier antimissile ou de l’avancée de l’OTAN dans l’espace postsoviétique passe aussi par une révision de ses relations avec Téhéran.
2) La déclaration de Joe Biden peut donc être d’abord interprétée comme un avertissement pour l’Iran. La politique de rapprochement entamée par le président Obama ne semble en effet plus avoir réellement d’avenir après les fraudes électorales du 12 juin lors du scrutin présidentiel. Or aux États-Unis, ces fraudes sont largement perçues comme une volonté du camp conservateur iranien de garder la main pour stopper ce rapprochement. On semble donc aller vers une accentuation des sanctions contre l’Iran d’ici la fin de l’année.
3) Mais à Washington, on craint qu’Israël ne cherche à appliquer la doctrine Begin. Fixée en 1981 par le premier ministre du même nom., son principe est simple : à aucun prix Israël ne permettra à un ennemi de développer des armes de destructions massives. Cette doctrine sera effectivement mise en oeuvre en 1981 avec la destruction par l’aviation israélienne du réacteur nucléaire de recherche irakien Osirak. Mais l’Iran de 2009 ne représente pas l’Irak de 1981. Les infrastructures iraniennes seraient techniquement beaucoup plus difficiles à détruire. Par ailleurs, il semble que l’Arabie Saoudite ait donné son accord pour un survol de son territoire si l’aviation israélienne devait conduire une opération en Iran. Une telle décision, qui évidemment ne donnera lieu à aucune position officielle ni à Ryad ni en Israël, ne serait pas étonnante. L’Arabie Saoudite se sent tout autant visée par le nucléaire iranien qu’Israël et pourrait chercher à procéder à un rééquilibrage en sa faveur. Car la menace première pour l’Arabie Saoudite ne vient pas de l’ouest mais de l’est. Pour la diplomatie saoudienne du moins, l'arc chiite n'a rien d'une faitaisie géopolitique.
4) La déclaration de Joe Biden intervient alors que le mécontentement se renforce en Israël face à la pression américaine. Le gel total des colonies de peuplement passe mal, surtout sur la question de la croissance naturelle de celles-ci. On craint également un durcissement de la position des États arabes qui rendrait plus difficile la satisfaction des exigences sécuritaires israéliennes et limiterait les chances de compromis. Aussi la déclaration de Joe Biden apparaît aussi comme une manière de relâcher la pression sur Israël, du moins dans le discours.

2 commentaires:
L'Iran commence (continue) à se préparer à mener une guerre asymétrique et une guerre symétrique, en cas de bombardement des ses installations nucléaire
http://pourconvaincre.blogspot.com/2009/07/liran-prepare-les-guerres-asymetriques.html
Le Moyen-Orient nous réserve encore des surprises et pas forcément des bonnes, dans les mois à venir.
Il y a tout de même quelque chose qui me gêne dans l'idée que l'Arabie Saoudite puisse donner son accord à un survol de son territoire.Si une telle frappe avait lieu, on saurai bien vite qui a aidé Israël. J'ai beaucoup de mal à imaginer l'opinion publique saoudienne avalant le morceau sans problème même si la cible est l'Iran. C'est un risque politique pour la monarchie.
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