Dimanche dernier, le président du Honduras Manuel Zelaya a été arrêté par l’armée de ce pays puis expulsé vers le Costa Rica. Ce coup d’État a porté au pouvoir Roberto Micheletti, désigné président par intérim par le Congrès. Le contexte de ces événements est particulier puisque le coup d’État a eu lieu alors qu’un référendum visant à convoquer une assemblée constituante devait se tenir le même jour. Derrière cette consultation populaire, les détracteurs de Zelaya y ont vu une volonté d’amender la constitution afin de se présenter pour un second mandat.Les choses ne sont pourtant pas aussi simples qu’il y paraît.
Premier point : la motivation apparente de ce coup d’État, ce dernier reposant sur une interprétation divergente de la constitution. Pour l’opposition putschiste, Zelaya a clairement violé la constitution en tentant de mettre en place les conditions de sa réélection. Élu en janvier 2006, Zelaya avait l’intention de se représenter pour le scrutin de novembre prochain. Or la Cour suprême a jugé que Zelaya violait une clause constitutionnelle limitant à un seul le mandat présidentiel. Mais peut-on réellement parler de violation de la légalité constitutionnelle dès lors qu’une assemble constituante aurait été convoquée ?
Deuxième point : la nature de l’opposition putschiste. Le Parlement, la Cour suprême et l’armée, mais également la propre formation politique de Zelaya, le Parti libéral, étaient opposés à un amendement constitutionnel. Or cette opposition à la fois institutionnelle et politique est clairement embarrassante pour les soutiens de Zelaya car elle donne à ce coup d’État un visage adouci, bien loin de la violence des juntes militaires que la région a connue durant la guerre froide. Pour autant, sur place, les médias ont été placés sous contrôle tandis que l’armée a été déployée dans la capitale et que le couvre-feu est maintenu. Il ne faut donc pas se leurrer : si le coup d’État n’est certes pas classique, la démocratie au Honduras a reculé depuis dimanche.
Troisième point : le large soutien international dont bénéficie Zelaya vient contrebalancer la force de l’opposition interne. Réunis d’urgence lundi 29 juin au Nicaragua, les principaux États membres de l’Alliance bolivarienne pour les peuples d’Amérique (Bolivie, Équateur, Nicaragua, Venezuela) ont réclamé le retour de Manuel Zelaya. Même son de cloche du côté de l’Organisation des États américains et des Nations Unies. Réunies en Assemblée générale, les Nations Unies ont adopté une résolution (par acclamation) condamnant le coup d’État et reconnaissant le gouvernement de Zelaya. De son côté, le président Obama a également apporté son soutien à Zelaya en appelant à son retour au pouvoir, tout en reconnaissant que les « États-Unis n’ont pas toujours soutenu ces démocraties fragiles comme ils auraient dû le faire » mais que cette approche était maintenant close.
Quatrième point : le virage idéologique du président Zelaya. Si Zelaya est aujourd’hui proche des leaders de la gauche latino-américaine qu’incarne notamment Hugo Chavez, le personnage reste complexe. Issu de la droite libérale et conservatrice, Zelaya a opéré au cours de sa présidence un virage à gauche, perdant ses appuis au sein même de son parti. En d’autres termes, ce coup d’État cache une crise politique plus large. L’argument de la violation constitutionnelle semble donc plus une illustration de la crise politique que connaît le Honduras que la cause directe du coup d’État.
Cinquième point : un retour à la normale est probable. Partant de l'existence de cette crise politique, il semble que le retour de Zelaya à la présidence passe par un compromis. Si Zelaya est coupé à la fois des institutions représentatives et de son propre parti, l’opposition putschiste ne pourra absolument pas tenir face à la mobilisation internationale. Les deux camps devraient donc faire le choix du réalisme, Zelaya terminant son mandat tout en abandonnant son projet de se représenter.

3 commentaires:
Billet passionnant, merci. La question la plus surprenante est celle de ce revirement de Zelaya vers l'ALBA: le système politique du Honduras permettait-il l'élection d'un président de gauche radicale par la voie démocratique compte tenu des moyens de communication de l'opposition, de l'appui militaire, et du système politique oligarchique?
Si tel n'était / n'est pas le cas, alors ce revirement semblerait légitime, même si démocratiquement discutable, de même que les changements constitutionnels nécessaires pour permettre une élection / réélection d'un président se présentant officiellement au nom de la gauche radicale.
Si comme décrit dans ton cinquième point, le retour de Zelaya se faisait au prix d'un abandon de la réforme constitutionnelle, alors l'impasse politique / institutionnelle continuerait et pourrait créer les conditions d'un conflit politique / insurrection plus durable.
Merci Arnaud,
Pour répondre au dernier point de ton commentaire, je dirais que l'impasse serait en effet totale mais tenable jusqu'au prochain scrutin (novembre 2009), surtout si le retour au pouvoir de Zelaya s'accompagne d'un statu quo de l'action politique. Avec une telle opposition, je ne vois pas vraiment quelles autres options il pourrait suivre.
Ce qui est clair, c'est que l'actuel gouvernement ne va pas tenir très longtemps face aux pressions internationales et devrait céder. Chavez a déjà décidé d'une suspension de la livraison de pétrôle au Honduras.
Dans un tout autre style, j'avais trouvé ce post assez décapant sur la situation: http://committeeofpublicsafety.wordpress.com/2009/06/30/the-evils-of-democracy/
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