mercredi 10 juin 2009

Somalie : vers un traitement plus globale de la crise

On semble aller vers un traitement plus global de la crise en Somalie puisque la piraterie n'est plus le dossier prioritairement considéré par les médias et la communauté internationale, ce qui représente un changement positif qui montre que les problèmes réels de la Somalie commencent à être intégrés.

1) Ce changement se manifeste d'abord aux Nations Unies. Après la résolution 1863 (janvier 2009) entendant établir une mission de maintien de la paix en Somalie, le Secrétaire général a rendu en avril dernier un rapport qui propose le déploiement d'une mission de maintien de la paix en trois phases caractérisées par une augmentation progressive de l’activité des Nations Unies en Somalie :
  • Dans une première phase, les Nations Unies maintiendraient leur engagement actuel par un soutien aux troupes de la Mission d’observation militaire de l’Union africaine en Somalie (AMISON), chargée de garantir la sécurité du Gouvernement fédéral de transition et de tenir les points stratégiques de Mogadiscio (siège du gouvernement, aéroport et port). L'amélioration des conditions de sécurité est donc une priorité pour les Nations Unies, sous-entendu que les mouvements rebelles soient vaincus ou sur la voie de l'être.
  • Dans une deuxième phase, les Nations Unies établiraient une petite présence permanente à Mogadiscio afin de conforter les acquis sécuritaires tout en préparant le déploiement d'une mission de maintien de la paix.
  • La troisième phase concernerait le déploiement de cette mission. Son mandat serait celui d'une mission pluridimensionnelle classique : casques bleus, soutien au processus de reconstruction politique et de réforme du secteur de sécurité (armée, police, justice), projets de relèvement (reconstruction des infrastructures de base).
2) Cette approche en trois phases a été présentée par les Nations Unies comme une approche flexible à même de contourner l'impossibilité actuelle d'établir une mission de maintien de la paix. En effet, la sécurité n'est pas garantie mais surtout, plusieurs dignitaires religieux et claniques ont rappelé au Gouvernement fédéral de transition leur opposition au déploiement d'une mission onusienne. En l'état actuel des choses, le Secrétaire général décide donc d'attendre. Le Conseil de sécurité a ainsi décidé dans sa résolution 1872 (26 mai 2009) de prolonger jusqu'au 31 janvier 2010 le mandat de l'AMISOM. La configuration de l'activité des Nations Unies ne devrait donc pas changer d'ici là.

3) Ces décisions des Nations Unies sont la résultante d'une ouverture politique en Somalie. On se rappelle que la percée de l’Union des tribunaux islamiques en juin 2006 avait été suivie en décembre par la retraite de ce mouvement sous la pression des forces du Gouvernement fédéral de transition soutenues par l’armée éthiopienne. Cette défaite avait alors poussé l’Union des tribunaux islamiques à changer de stratégie en intégrant l’Alliance pour la rel-libération de la Somalie, mouvement signataire avec le Gouvernement fédéral de transition de l’accord de paix de Djibouti (18 août 2008). Cheikh Sharif Cheikh Ahmed, chef de ce mouvement et ancien chef de l’Union des tribunaux islamiques, a été élu à la présidence somalienne le 31 janvier 2009. Parallèlement, des discussions ont permis de constituer un gouvernement élargi le 20 février 2009. Il y a donc une dynamique positive qui s'est ouverte.

4) Pour autant, et c'est là que le problème se pose, le mouvement d’opposition Al-Shabab rejette toujours le processus de paix et a été rejoint dans sa lutte par Cheikh Hassan Dahir Aweys, chef de la milice Hizbul Islam et ancien partenaire de Cheikh Sharif Cheikh Ahmed lorsqu'ils dirigés l’Union des tribunaux islamiques. Al-Shabab et Hizbul Islam contrôlent aujourd'hui certains quartiers de Mogadiscio ainsi que des territoires au sud et au centre de la Somalie. Si sa raison d'être s'est érodée depuis la satisfaction d'une de ses revendications (instauration de la Charia le 10 mars 2009), les mouvements rebelle se sont lancés le 7 mai dernier dans une offensive asymétrique (embuscades, tireurs embusqués, engins explosifs improvisés, attaques-suicides) destinée à harceler aussi bien les troupes de l’AMISOM que les responsables gouvernementaux en déplacement. Al-Shabab et Hizbul Islam sont soutenus par certains groupes armés claniques de Mogadiscio et disposent également d'un soutien de l'Érythrée et de combattants étrangers.

5) Face à une situation qui rappelle l'Irak ou l'Afghanistan, on comprend donc mieux que les Nations Unies fassent le choix de l'attente et de la réflexion et sous-traitent une partie du travail à l'AMISOM. Déployée en Somalie depuis février 2007, les casques verts de l'AMISOM sont composés de 1 700 Burundais et 2 050 Ougandais, soit 3 750 sur les 8 000 soldats prévus.