mardi 1 septembre 2009

Fermeture du blog

Ce post sera le dernier puisque j'ai décidé de mettre fin à ce blog. Le temps me manquant depuis quelques mois maintenant pour assurer une publication régulière, je préfère me concentrer sur des articles qui seront disponibles sur Alliance Géostratégique. Le blog restera cependant accessible.

Je vous donne désormais rendez-vous sur Alliance Géostratégique !

Romain Lalanne

mardi 14 juillet 2009

Welcome, reaslistically

Je viens d’ajouter un blog découvert il y a quelques jours. Il s’agit du blog de Stephen Walt, professeur de Relations internationales à Harvard et chef de fil avec John Mearsheimer de l’école néoréaliste. Les deux ont d’ailleurs publié ensemble Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine, ouvrage dans lequel ils réaffirment leur école de pensée et considèrent que le soutien américain à Israël n’est pas dans les intérêts nationaux américains. Le livre a d'ailleurs donné lieu dès sa publication en 2007 à une grosse polémique, certains de ses détracteurs mettant en cause l’intégrité scientifique de l’ouvrage.

Le blog de Stephen Walt est hébergé sur le site de Foreign Policy. Il faut lire le premier post. Intitulé Welcome, reaslistically, celui-ci revendique et assume clairement la filiation de son auteur : “This blog will offer a realist perspective on contemporary global issues. Although realism is a distinguished intellectual tradition with an impressive track record of policy insights, realists have become something of an endangered species over the past sixteen years. Given the results that liberal internationalists and neoconservatives have produced during this period, bringing a bit of realism back into contemporary discourse seems overdue”.

vendredi 10 juillet 2009

Publication du dernier Études internationales

Un court post pour signaler la sortie du dernier numéro d'Études internationales, revue publiée par l'Université Laval (Québec). Ce numéro aborde en partie le thème d'Alliance Géostratégique, consacré ce mois-ci aux relations euro-américaines. Je mettrais d'ailleurs prochainement en ligne un compte-rendu de lecture.

  • Paul Létourneau et Stephan Martens : Introduction : Les relations transatlantiques dans la période de l’après-guerre froide. Regards croisés franco-allemands et nord-américains.
  • Stephan Martens : Puissance et valeurs au 21e siècle. Les termes du débat euro-américain.
  • Stéphane Paquin et Annie Chaloux : Comment vit-on aux marges de l’Empire? Les relations Canada–États-Unis et la nature de la relation transatlantique.
  • Carl Bouchard : Un nouveau pont entre deux rives ? L’émergence d’une société civile transatlantique.
  • Frédéric Mérand et Antoine Vandemoortele : L’Europe dans la culture stratégique canadienne, 1949-2009.
  • Ingo Kolboom : Le « Triangle de Weimar » et la « double ouverture » euro-atlantique de la Pologne.
  • Hans Stark : Les relations franco-germano-américaines. Les perspectives de l’après-Bush.
  • Dominique David : La France et l’OTAN. Une affaire d’image.
  • Frédéric Cyr et Jean-François Juneau : La récente crise dans les relations transatlantiques (étude bibliographique).

mardi 7 juillet 2009

Honduras : l'imbroglio constitutionnel

Difficile de démêler le vrai du faux après le coup d'État du 28 juin au Honduras. J'avais initialement avancé la légalité constitutionnelle du référendum organisé par Manuel Zelaya, celui-ci souhaitant par cette consultation convoquer une assemblée constituante chargée de supprimer la clause limitant à un le mandat présidentiel. Or d'autres versions avancent que son intention n'était pas de faire convoquer une assemblée constituante pour entériner cette réforme mais de faire valider cette dernière directement par la consultation populaire.

Ce second scénario est crédible, d’autant plus que Manuel Zelaya ne disposait plus d'un soutien du Parlement. L’assemblée constituante ne lui aurait donc été d'aucune aide. Manuel Zelaya aurait ainsi cherché à invoquer le pouvoir du peuple plutôt que celui de la représentation nationale. Or cette contestation du système représentatif est une constante dans les conceptions politiques de la gauche latino-américaine incarnée par Hugo Chávez. En février 2009, un référendum organisé par ce dernier avait ainsi enlevé la limite constitutionnelle de deux mandats pour le président du Venezuela.

lundi 6 juillet 2009

Nucléaire iranien : changement de ton à Washington

La déclaration de Joe Biden sur Israël et le nucléaire iranien est surprenante. Répondant dimanche soir à une interview sur ABC, le vice-président américain a déclaré que « Israël pouvait déterminer en tant que nation souveraine ce qui est dans ses intérêts [...]. Nous ne pouvons pas dicter à une autre nation souveraine ce qu'elle peut ou ne peut pas faire si elle considère que son existence est menacée ». En soutenant qu'Israël a un droit souverain de décider ce qui est de son intérêt ou non, Joe Biden semble donner un feu vert à une opération militaire contre les infrastructures nucléaires iraniennes. Mais le langage diplomatique a ses subtilités qu’il faut bien saisir. Si cette déclaration ne témoigne à mon avis d’aucune évolution de la position officielle américaine, elle montre en revanche que le ton de Washington pourrait changer dans le dossier du nucléaire iranien.

1) Pour l’instant, la position officielle américaine ne devrait pas changer : une opération militaire israélienne contre les infrastructures nucléaires iraniennes aurait un impact catastrophique. C’est plus du côté de la personnalité et de la fonction de Joe Biden qu’il faut d’abord chercher une explication à cette étonnante déclaration. Le vice-président est en effet connu pour être un grand bavard, tenant parfois des propos embarrassants. Mais surtout, il semble remplir avec cette déclaration la fonction qui est la sienne de second du président, envoyant un avertissement à l’Iran dans un langage très diplomatique mais ferme, chise que ne peut pas (toujours) faire un président. Notons également que le président Obama était ce lundi en Russie, dont l’Iran est un allié. Or il est clair que toute solution acceptable pour la diplomatie russe sur la question du bouclier antimissile ou de l’avancée de l’OTAN dans l’espace postsoviétique passe aussi par une révision de ses relations avec Téhéran.

2) La déclaration de Joe Biden peut donc être d’abord interprétée comme un avertissement pour l’Iran. La politique de rapprochement entamée par le président Obama ne semble en effet plus avoir réellement d’avenir après les fraudes électorales du 12 juin lors du scrutin présidentiel. Or aux États-Unis, ces fraudes sont largement perçues comme une volonté du camp conservateur iranien de garder la main pour stopper ce rapprochement. On semble donc aller vers une accentuation des sanctions contre l’Iran d’ici la fin de l’année.

3) Mais à Washington, on craint qu’Israël ne cherche à appliquer la doctrine Begin. Fixée en 1981 par le premier ministre du même nom., son principe est simple : à aucun prix Israël ne permettra à un ennemi de développer des armes de destructions massives. Cette doctrine sera effectivement mise en oeuvre en 1981 avec la destruction par l’aviation israélienne du réacteur nucléaire de recherche irakien Osirak. Mais l’Iran de 2009 ne représente pas l’Irak de 1981. Les infrastructures iraniennes seraient techniquement beaucoup plus difficiles à détruire. Par ailleurs, il semble que l’Arabie Saoudite ait donné son accord pour un survol de son territoire si l’aviation israélienne devait conduire une opération en Iran. Une telle décision, qui évidemment ne donnera lieu à aucune position officielle ni à Ryad ni en Israël, ne serait pas étonnante. L’Arabie Saoudite se sent tout autant visée par le nucléaire iranien qu’Israël et pourrait chercher à procéder à un rééquilibrage en sa faveur. Car la menace première pour l’Arabie Saoudite ne vient pas de l’ouest mais de l’est. Pour la diplomatie saoudienne du moins, l'arc chiite n'a rien d'une faitaisie géopolitique.

4) La déclaration de Joe Biden intervient alors que le mécontentement se renforce en Israël face à la pression américaine. Le gel total des colonies de peuplement passe mal, surtout sur la question de la croissance naturelle de celles-ci. On craint également un durcissement de la position des États arabes qui rendrait plus difficile la satisfaction des exigences sécuritaires israéliennes et limiterait les chances de compromis. Aussi la déclaration de Joe Biden apparaît aussi comme une manière de relâcher la pression sur Israël, du moins dans le discours.

jeudi 2 juillet 2009

Nouveau thème sur Alliance Géostratégique, Twitter et attentat de Karachi

Olivier Kempf a inauguré aujourd'hui le thème du mois sur Alliance géostratégique. Juillet sera donc consacré aux relations euro-américaines. Après six mois de présidence Obama, le sujet donne matière à réflexion, et Olivier note que "l’observateur ne peut que constater que B. Obama n’a pas de grand projet européen : pour lui, l’Europe serait “ni un problème, ni une solution“, pourrait-on dire. Et qu’en fait, bien plus que l’animosité d’il y a cinq ans (souvenez-vous des débats passionnels sur le rift qui se creusait), nous serions en présence de quelque chose de pire : l’indifférence".

Autre sujet, j'ai ajouté dans la colonne de droite une option permettant de suivre
Guérillas sur Twitter. L'objectif est d'y poster les mises à jour du blog et les liens intéressants que je souhaite partager. Vous pouvez vous abonner ici.

Enfin, je vous recommande la lecture d'un article d'opinion d'Eva Joly publié sur Le Monde. L'ancienne juge d'instruction aujourd'hui député européen revient sur l'attentat de Karachi, dont elle met en doute la version officielle à la lumière des éléments de l'enquête en cours.

mercredi 1 juillet 2009

Honduras : un coup d’État qui cache une crise politique classique

Dimanche dernier, le président du Honduras Manuel Zelaya a été arrêté par l’armée de ce pays puis expulsé vers le Costa Rica. Ce coup d’État a porté au pouvoir Roberto Micheletti, désigné président par intérim par le Congrès. Le contexte de ces événements est particulier puisque le coup d’État a eu lieu alors qu’un référendum visant à convoquer une assemblée constituante devait se tenir le même jour. Derrière cette consultation populaire, les détracteurs de Zelaya y ont vu une volonté d’amender la constitution afin de se présenter pour un second mandat.

Les choses ne sont pourtant pas aussi simples qu’il y paraît.

Premier point : la motivation apparente de ce coup d’État, ce dernier reposant sur une interprétation divergente de la constitution. Pour l’opposition putschiste, Zelaya a clairement violé la constitution en tentant de mettre en place les conditions de sa réélection. Élu en janvier 2006, Zelaya avait l’intention de se représenter pour le scrutin de novembre prochain. Or la Cour suprême a jugé que Zelaya violait une clause constitutionnelle limitant à un seul le mandat présidentiel. Mais peut-on réellement parler de violation de la légalité constitutionnelle dès lors qu’une assemble constituante aurait été convoquée ?

Deuxième point : la nature de l’opposition putschiste. Le Parlement, la Cour suprême et l’armée, mais également la propre formation politique de Zelaya, le Parti libéral, étaient opposés à un amendement constitutionnel. Or cette opposition à la fois institutionnelle et politique est clairement embarrassante pour les soutiens de Zelaya car elle donne à ce coup d’État un visage adouci, bien loin de la violence des juntes militaires que la région a connue durant la guerre froide. Pour autant, sur place, les médias ont été placés sous contrôle tandis que l’armée a été déployée dans la capitale et que le couvre-feu est maintenu. Il ne faut donc pas se leurrer : si le coup d’État n’est certes pas classique, la démocratie au Honduras a reculé depuis dimanche.

Troisième point : le large soutien international dont bénéficie Zelaya vient contrebalancer la force de l’opposition interne. Réunis d’urgence lundi 29 juin au Nicaragua, les principaux États membres de l’Alliance bolivarienne pour les peuples d’Amérique (Bolivie, Équateur, Nicaragua, Venezuela) ont réclamé le retour de Manuel Zelaya. Même son de cloche du côté de l’Organisation des États américains et des Nations Unies. Réunies en Assemblée générale, les Nations Unies ont adopté une résolution (par acclamation) condamnant le coup d’État et reconnaissant le gouvernement de Zelaya. De son côté, le président Obama a également apporté son soutien à Zelaya en appelant à son retour au pouvoir, tout en reconnaissant que les « États-Unis n’ont pas toujours soutenu ces démocraties fragiles comme ils auraient dû le faire » mais que cette approche était maintenant close.

Quatrième point : le virage idéologique du président Zelaya. Si Zelaya est aujourd’hui proche des leaders de la gauche latino-américaine qu’incarne notamment Hugo Chavez, le personnage reste complexe. Issu de la droite libérale et conservatrice, Zelaya a opéré au cours de sa présidence un virage à gauche, perdant ses appuis au sein même de son parti. En d’autres termes, ce coup d’État cache une crise politique plus large. L’argument de la violation constitutionnelle semble donc plus une illustration de la crise politique que connaît le Honduras que la cause directe du coup d’État.

Cinquième point : un retour à la normale est probable. Partant de l'existence de cette crise politique, il semble que le retour de Zelaya à la présidence passe par un compromis. Si Zelaya est coupé à la fois des institutions représentatives et de son propre parti, l’opposition putschiste ne pourra absolument pas tenir face à la mobilisation internationale. Les deux camps devraient donc faire le choix du réalisme, Zelaya terminant son mandat tout en abandonnant son projet de se représenter.

vendredi 12 juin 2009

Blog au ralenti...

Ce blog sera au ralenti jusqu'au 22 juin puisque je serai au Venezuela avec une possibilité limitée de mise à jour... Sur un autre sujet, c'est aujourd'hui le premier tour des élections présidentielles en Iran, avant le second tour qui se tiendra le vendredi 19 juin. Entre les deux, je vous invite à la conférence suivante :

Le tournant de l'élection présidentielle en Iran


Mardi 16 juin, 18h, Université du Québec à Montréal, Salle des Boiseries, pavillon Judith-Jasmin

Conférenciers :
  • Sami Aoun (professeur, Université de Sherbrooke)
  • Houchang Hassan-Yari, (professeur, Collège militaire royal du Canada)
  • Charlotte Karagueuzian (doctorante, EHESS)
  • Julien Saada, doctorant (UQAM)
Plus d'informations

mercredi 10 juin 2009

Somalie : vers un traitement plus globale de la crise

On semble aller vers un traitement plus global de la crise en Somalie puisque la piraterie n'est plus le dossier prioritairement considéré par les médias et la communauté internationale, ce qui représente un changement positif qui montre que les problèmes réels de la Somalie commencent à être intégrés.

1) Ce changement se manifeste d'abord aux Nations Unies. Après la résolution 1863 (janvier 2009) entendant établir une mission de maintien de la paix en Somalie, le Secrétaire général a rendu en avril dernier un rapport qui propose le déploiement d'une mission de maintien de la paix en trois phases caractérisées par une augmentation progressive de l’activité des Nations Unies en Somalie :
  • Dans une première phase, les Nations Unies maintiendraient leur engagement actuel par un soutien aux troupes de la Mission d’observation militaire de l’Union africaine en Somalie (AMISON), chargée de garantir la sécurité du Gouvernement fédéral de transition et de tenir les points stratégiques de Mogadiscio (siège du gouvernement, aéroport et port). L'amélioration des conditions de sécurité est donc une priorité pour les Nations Unies, sous-entendu que les mouvements rebelles soient vaincus ou sur la voie de l'être.
  • Dans une deuxième phase, les Nations Unies établiraient une petite présence permanente à Mogadiscio afin de conforter les acquis sécuritaires tout en préparant le déploiement d'une mission de maintien de la paix.
  • La troisième phase concernerait le déploiement de cette mission. Son mandat serait celui d'une mission pluridimensionnelle classique : casques bleus, soutien au processus de reconstruction politique et de réforme du secteur de sécurité (armée, police, justice), projets de relèvement (reconstruction des infrastructures de base).
2) Cette approche en trois phases a été présentée par les Nations Unies comme une approche flexible à même de contourner l'impossibilité actuelle d'établir une mission de maintien de la paix. En effet, la sécurité n'est pas garantie mais surtout, plusieurs dignitaires religieux et claniques ont rappelé au Gouvernement fédéral de transition leur opposition au déploiement d'une mission onusienne. En l'état actuel des choses, le Secrétaire général décide donc d'attendre. Le Conseil de sécurité a ainsi décidé dans sa résolution 1872 (26 mai 2009) de prolonger jusqu'au 31 janvier 2010 le mandat de l'AMISOM. La configuration de l'activité des Nations Unies ne devrait donc pas changer d'ici là.

3) Ces décisions des Nations Unies sont la résultante d'une ouverture politique en Somalie. On se rappelle que la percée de l’Union des tribunaux islamiques en juin 2006 avait été suivie en décembre par la retraite de ce mouvement sous la pression des forces du Gouvernement fédéral de transition soutenues par l’armée éthiopienne. Cette défaite avait alors poussé l’Union des tribunaux islamiques à changer de stratégie en intégrant l’Alliance pour la rel-libération de la Somalie, mouvement signataire avec le Gouvernement fédéral de transition de l’accord de paix de Djibouti (18 août 2008). Cheikh Sharif Cheikh Ahmed, chef de ce mouvement et ancien chef de l’Union des tribunaux islamiques, a été élu à la présidence somalienne le 31 janvier 2009. Parallèlement, des discussions ont permis de constituer un gouvernement élargi le 20 février 2009. Il y a donc une dynamique positive qui s'est ouverte.

4) Pour autant, et c'est là que le problème se pose, le mouvement d’opposition Al-Shabab rejette toujours le processus de paix et a été rejoint dans sa lutte par Cheikh Hassan Dahir Aweys, chef de la milice Hizbul Islam et ancien partenaire de Cheikh Sharif Cheikh Ahmed lorsqu'ils dirigés l’Union des tribunaux islamiques. Al-Shabab et Hizbul Islam contrôlent aujourd'hui certains quartiers de Mogadiscio ainsi que des territoires au sud et au centre de la Somalie. Si sa raison d'être s'est érodée depuis la satisfaction d'une de ses revendications (instauration de la Charia le 10 mars 2009), les mouvements rebelle se sont lancés le 7 mai dernier dans une offensive asymétrique (embuscades, tireurs embusqués, engins explosifs improvisés, attaques-suicides) destinée à harceler aussi bien les troupes de l’AMISOM que les responsables gouvernementaux en déplacement. Al-Shabab et Hizbul Islam sont soutenus par certains groupes armés claniques de Mogadiscio et disposent également d'un soutien de l'Érythrée et de combattants étrangers.

5) Face à une situation qui rappelle l'Irak ou l'Afghanistan, on comprend donc mieux que les Nations Unies fassent le choix de l'attente et de la réflexion et sous-traitent une partie du travail à l'AMISOM. Déployée en Somalie depuis février 2007, les casques verts de l'AMISOM sont composés de 1 700 Burundais et 2 050 Ougandais, soit 3 750 sur les 8 000 soldats prévus.

lundi 8 juin 2009

Élections libanaises du 7 juin

Ce billet est simultanément publié sur Alliance Géostratégique.

On prévoyait une poussée électorale du Hezbollah lors des élections législatives libanaises du 7 juin, c'est finalement l'Alliance du 14-Mars (Courant du Futur du sunnite Saad Hariri, Parti socialiste progressiste du druze Walid Joumblatt, Forces libanaises du maronite Samir Geagea et Kataëb du maronite Amine Gemayel) qui l'a emporté avec 71 sièges au Parlement contre 57 pour l'opposition (Hezbollah chiite, Amal chiite, Courant patriotique libre du maronite Michel Aoun).

1) 3,2 millions de Libanais votaient dimanche 7 juin pour un taux d'abstention (54%) bien plus acceptable que celui des européennes en France. Si l'Alliance du 14-Mars remporte ces élections, elle perd un siège par rapport au scrutin de 2005. Réciproquement, l'opposition en gagne un. Aucun changement notable donc, la logique communautaire du système politique libanais ayant globalement scellé les fiefs communautaires de chacun des partis. Par ailleurs, les observateurs internationaux (Fondation Carter, Union européenne et National Democratic Institute) n'ont signalé aucune irrégularité.

2) La majorité a bénéficié d'un soutien des États-Unis et de l'Arabie Saoudite. Tandis que la diplomatie américaine a rappelé que le résultat du 7 juin conditionnerait son aide futur, l'Arabie Saoudite s'est engagée financièrement en faveur du Courant du Futur. L'aide financière accordée par ce dernier à des Libanais expatriés pour rentrer voter a certainement eu une influence, principalement dans les localités maronites où Forces libanaises/Kataëb d'un côté et Courant patriotique libre de l'autre se disputaient la victoire.

3) Le Hezbollah a mené une campagne relativement habile en limitant considérablement son argumentaire anti-israélien alors que le contexte (démantèlement de plusieurs réseaux d'espionnage israélien au Liban et publication de l'article du Der Spiegel) aurait pu virer à l'excitation générale. Ce scrutin lui a permis d'afficher une approche électorale plus tournée vers des enjeux de politique libanaise. Pour autant, il n'a pas effectué de percée électorale notable. Si l'hypothèse de la formation d'un gouvernement d'union nationale est ouverte, la majorité a rappelé son opposition à ce que le Hezbollah dispose d'une minorité de blocage. Dans ces conditions, celui-ci pourrait remettre sur la table des négociations l'exigence de garanties en ce qui concerne son arsenal militaire.

4) Le Courant patriotique libre de Michel Aoun n'a pas eu les résultats que beaucoup avaient annoncés. Une véritable bataille électorale s'est jouée dans les localités chrétiennes où s'opposaient les trois principaux partis maronites. Peut-être Aoun a-t-il été sanctionné pour avoir fait le choix d'une alliance contre nature reposant bien plus sur un intérêt électoraliste (stigmatiser la montée en puissance des sunnites). Prenant acte, Aoun semble déjà corriger le tir puisqu'il a affirmé sa volonté de travailler avec la majorité.

5) Au final, aucun grand changement. Les alliances internes devraient rester globalement les mêmes (hormis un repositionnement du Courant patriotique libre) avec toutefois l'effet possible d'une polarisation accrue des positions politiques. Idem au niveau des alliances externes (14-Mars avec les États-Unis et l'Arabie Saoudite ; opposition avec la Syrie et l'Iran), bien que les élections iraniennes du 12 juin et la politique du président d'Obama seront des facteurs à considérer dans d'éventuelles variations.

Ce billet est simultanément publié sur Alliance Géostratégique.